Ma vie, celle d'avant toi. Je ne me rappelle pas de la couleur.
Seules des musiques enferment dans leur notes, dans leurs
mots ce que j'étais. Parfois aussi lorsque je file à travers
les rues des scènes me reviennent. Comme des extraits de film
dans lequel il paraîtrait que j'ai joué un rôle.
Des souvenirs plus ou moins drôleS. Je l'embrassais,
lui ou un autre. J'ouvrais des portes, j'entrais dans des
bars, je cherchais dans le noir. Le soir je sortais, lancée
à ma poursuite, pour savoir où mon existence se trouvait.
Elle devait bien se tenir là, quelque part, à une table,
sur un tabouret, attendant sagement que je vienne la prendre
et l'emmener.
Le plus souvent la nuit s'achevait dans un dégoût un peu
plus ancrée dans os. J'en faisait sûrement trop.
Mais il arrivait qu'un corps, un regard prenne un sens.
Je m'approchais pour le toucher, pour sentir que je
vivais encore. M'oublier, déchirée, danser, serrée contre
ce qui me rendait moins seule. Peu importait le décor,
je ne le voyais plus. Il ne restait que mon amour
sortant soudain de son linceul et voulant étreindre le
monde entier.
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