Nous avançons et je sais à peine où nous allons. Il fait nuit déjà. Il conduit imprudemment mais ce n'est pas l'important. Il a mis de la musique très fort.
Elle est comme un pansement qui colle parfaitement à l'air. Il sent le silence pourtant sur la banquette arrière et nous demande si le son nous dérange.
"Non, non" en coeur. Ce coeur qui serre. Ton visage est tourné contre la vitre. Je ne te regarde pas, je n'ai rien à te dire. J'ai ta main dans la mienne et je la serre lorsque tu essuies une larme. Peut-être que je l'ai rêvé, qu'importe.
L'envie devait y être.
Plus tard il a sorti un fusil. La nuit, toujours le noir. Et je me réfugie là où il est le plus sombre comme s'il me sauverait la vie. J'attends qu'ils cessent de s'amuser. Tout est pareil à mes cauchemards. Le muret est froid et ses chaussures ne sont pas à moi. Je t'entends venir "qu'est-ce qu'il y a". Il y a que je respire mal. Il y a que le noir et les armes me font penser à la mort. Il y a que ce soir j'ai tes drames en travers de la gorge. Il est mort et je ne le connaissais pas. On ne devrait pas pouvoir mourir à cet âge-là. Tu entends. Bien sûr que tu comprends. Je sens ta tristesse si fort que j'en tremble. Tu m'emmènes plus loin. En quelques phrases j'avais percé l'abscès et tu pleures à présent par besoin. Tu me racontes l'accident. Tu me racontes les parents, les amis, l'enterrement. Je t'écoute. En fixant une statue de la vierge marie au bord de la route.
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